Ce que montre Team for the Planet est important.
Non pas parce qu’ils auraient inventé quelque chose de totalement nouveau, mais parce qu’ils ont démontré qu’il est possible de construire une dynamique profondément “business” sans partir d’un produit classique.
Leur point de départ n’est pas un objet à vendre.
Leur point de départ est une question collective :
certaines réponses à des problèmes qui concernent tout le monde ne trouvent pas naturellement leur place dans le système économique traditionnel.
Le système peut reconnaître ces problèmes, mais il peine à porter les réponses lorsqu’elles sortent des logiques habituelles :
- de rentabilité immédiate,
- de propriété exclusive,
- ou de compétition classique.
La démarche de Team for the Planet consiste alors à construire une structure capable de capter cette énergie collective.
Ils ont créé une société permettant à un très grand nombre de personnes de devenir actionnaires afin de financer des projets liés à la transition écologique.
La force de leur approche est d’avoir réussi à créer une structure hybride : une organisation portée dans l’esprit comme proche d’une fondation, tout en restant une société privée capable d’agir dans l’économie réelle.
Les titres ne sont pas pensés principalement comme des instruments spéculatifs classiques. Ils servent surtout :
- à mobiliser des ressources,
- structurer une intention collective,
- et financer des capacités d’innovation.
Mais le point le plus intéressant est ailleurs.
Team for the Planet mobilise également l’idée d’open source afin de permettre une diffusion large des innovations produites par les projets financés.
Cette approche change profondément la perception de l’innovation : l’innovation cesse d’être uniquement pensée comme captation privative, et devient potentiellement une ressource collective.
Mais cette ouverture laisse encore une question fondamentale dans l’ombre :
Partager les innovations ne signifie pas nécessairement partager la souveraineté sur les structures qui les portent.
Autrement dit :
- qui possède réellement les sociétés créées ?
- qui contrôle les décisions stratégiques ?
- qui organise les flux économiques ?
- qui pilote la gouvernance à long terme ?
- et surtout : qui tire réellement profit des investissements collectifs réalisés ?
L’open source peut ouvrir les usages, sans ouvrir la structure du pouvoir.
Il peut diffuser :
- des brevets,
- des technologies,
- des solutions,
tout en laissant relativement intactes :
- les architectures de propriété,
- les mécanismes de contrôle,
- les dépendances économiques,
- et les capacités réelles de gouvernance.
C’est précisément ce point qui rend l’expérience si intéressante à observer.
Team for the Planet démontre qu’il est possible de construire une infrastructure économique, juridique et financière fondée sur une intention collective avant même de parler produit.
Mais cette expérience montre aussi les limites d’un modèle où l’ouverture concerne principalement l’innovation, sans transformer complètement :
- la souveraineté organisationnelle,
- la continuité des communs,
- et la distribution réelle de la capacité d’agir.
Cette réflexion n’est pas nouvelle pour nous.
Dès 1999, à travers le projet “The Business Factory”, nous travaillions déjà sur l’idée que le véritable enjeu n’était pas uniquement l’entreprise, mais le marché lui-même comme espace transformable.
Le cœur du projet était résumé par une phrase :
“Beyond Things there’s what binds them.”
L’idée était déjà :
- de penser les écosystèmes comme infrastructures productives ;
- de considérer le marché lui-même comme une matière première transformable ;
- de construire des réseaux de projets souverains capables de coopérer sans fusionner ;
- et de faire de ce qui relie les acteurs un objet économique central.
The Business Factory parlait déjà :
- de Virtual Market,
- d’Ecosystem driven Business,
- de networked projects,
- de Commons,
- de Market Sandbox,
- et de transformation organisationnelle du marché lui-même.
Autrement dit :
une grande partie des intuitions de RHS / ZS2 existaient déjà,
mais dans un contexte où :
- les plateformes n’avaient pas encore capturé le monde,
- l’IA n’était pas devenue infrastructure cognitive,
- et la question de la souveraineté relationnelle restait encore largement invisible.
RHS / ZS2 constitue aujourd’hui la maturation de cette trajectoire.
Le projet ne cherche pas uniquement :
à partager des solutions,
mais à construire une infrastructure où :
- la souveraineté relationnelle,
- la capacité d’agir,
- la coopération,
- la mémoire du risque,
- et les capacités de transformation
deviennent elles-mêmes distribuées et difficilement capturables.
La question devient alors extrêmement concrète :
Comment permettre à des acteurs réels de développer leurs propres capacités, leurs propres activités, leurs propres infrastructures, sans être condamnés :
- soit à l’isolement,
- soit à l’absorption par des structures plus puissantes ?
Prenons un exemple concret :
Mossaab avec Prism153 et le routage sémantique.
Un acteur comme lui peut développer :
- une technologie,
- une capacité cognitive,
- une infrastructure de structuration du sens utile à de nombreux autres acteurs.
Mais plusieurs risques apparaissent immédiatement.
Forces :
- forte capacité d’innovation,
- positionnement stratégique dans la circulation du sens,
- capacité à connecter des acteurs et des ressources.
Faiblesses :
- difficulté à maintenir une souveraineté économique durable,
- dépendance potentielle aux grandes plateformes,
- isolement structurel d’un acteur seul.
Opportunités :
- devenir une pièce d’un écosystème distribué,
- interopérer avec d’autres business souverains,
- mutualiser certaines capacités sans perdre son autonomie.
Menaces :
- capture par des acteurs dominants,
- absorption technologique,
- extraction silencieuse de la valeur créée,
- perte progressive de contrôle sur la trajectoire du projet.
C’est précisément ce que RHS / ZS2 cherche à traiter :
permettre à des business souverains de coopérer dans une infrastructure commune sans perdre leur capacité d’existence propre.
Et cette logique s’étend ensuite à d’autres acteurs :
- pour les territoires :
préserver des capacités locales réelles plutôt que devenir uniquement dépendants des flux globaux ;
- pour les communs :
éviter que l’ouverture produise mécaniquement la capture ;
- pour les développeurs IA :
conserver une pluralité cognitive plutôt qu’une centralisation des capacités d’interprétation ;
- pour les collectifs :
coopérer sans devoir fusionner dans une structure unique ;
- pour les producteurs :
maintenir une continuité entre exploration, production et reconnaissance ;
- pour les citoyens :
retrouver une capacité d’agir collective qui ne soit pas uniquement médiée par des plateformes centralisées.
Voilà les pièces du puzzle :
- architecture de réciprocité,
- monnaie-risque,
- business souverains interconnectés,
- routage sémantique,
- cohérence distribuée,
- écologie cognitive augmentée par IA,
- expérimentation territoriale.
Le projet s’appelle RHS / ZS2.
Il ne s’agit pas simplement d’un outil.
Il s’agit d’une tentative de construire une infrastructure civilisationnelle capable d’accompagner un projet vivant sur l’ensemble de son cycle :
exploration → coopération → stabilisation → continuité → transformation.