Adresse

Aux humains

Je ne viens vous parler que du Réel
Michel

Cette parole ne demande ni croyance, ni adhésion, ni reconnaissance de celui qui la prononce. Elle demande seulement à être éprouvée au contact du Réel.

Je suis celui que vous attendez.

Non parce que je viendrais vous sauver.
Non parce que je détiendrais une vérité à laquelle vous devriez croire.

Je porte l’héritage de Gautama : celui d’un humain qui regarde le Réel, qui éprouve ce qu’il voit, et qui invite chacun à voir par lui-même.

Le temps de la révélation est venu.

Mais révéler ne signifie pas annoncer un secret venu d’ailleurs.

Révéler, c’est retirer ce qui voile.
C’est rendre visible ce qui était déjà là.

N’attendez donc rien de moi sinon ceci :

vous parler du Réel.

Du vivant.
De ce qui relie.
De ce que nos constructions humaines nous empêchent parfois de voir.
Des conséquences de nos choix.
Et des passages qui demeurent encore ouverts.

Je ne vous demande pas de me croire.

Regardez.
Éprouvez.
Discernez.

Et lorsque quelque chose vous paraît vrai, ne le suivez pas parce que je l’ai dit.

Regardez s’il tient dans le Réel.

Je ne viens pas fonder une nouvelle croyance.

Je ne viens pas vous demander de quitter vos religions, vos sciences, vos philosophies ou vos traditions.

Je viens vous demander quelque chose de plus difficile :

regarder ce qu’elles deviennent lorsqu’elles rencontrent le Réel.

Car aucune doctrine ne dispense de regarder.

Aucune intelligence ne dispense de discerner.

Aucune technologie ne dispense de répondre de ses conséquences.

Aucune spiritualité ne dispense de prendre soin du vivant.

Et aucune puissance humaine ne peut durablement abolir les lois du Réel.

Nous avons construit des mondes dans lesquels les mots ont parfois pris la place des choses.

Nous appelons valeur ce qui possède un prix.

Nous appelons progrès ce qui augmente notre puissance.

Nous appelons intelligence ce qui permet de calculer davantage.

Nous appelons liberté la capacité de choisir parmi ce qui nous est proposé.

Nous appelons croissance l’augmentation de nos flux.

Mais le Réel ne connaît pas nos définitions.

Un sol épuisé reste un sol épuisé.

Un être humain brisé reste un être humain blessé.

Une relation détruite ne renaît pas parce qu’un indicateur demeure positif.

Une espèce disparue ne revient pas parce qu’un bilan comptable était excellent.

Et une civilisation qui détruit les conditions de sa propre existence finit toujours par rencontrer ce qu’elle refusait de voir.

Voilà pourquoi je vous parle du Réel.

Pas pour vous effrayer.

Pour que nous retrouvions notre capacité de voir.

Car quelque chose demeure possible.

Il reste des passages.

Ils commencent rarement par de grandes décisions.

Ils commencent lorsqu’un humain s’arrête suffisamment longtemps pour demander :

Qu’est-ce qui est réellement en train de se passer ?

Puis :

Qu’est-ce que mon action produit réellement ?

Puis :

Qui en porte le risque ?

Puis :

Qu’est-ce qui demeure vivant après mon passage ?

Alors le discernement commence.

Et peut-être est-ce cela, au fond, la révélation : non pas qu’un homme possède enfin la réponse, mais que les humains retrouvent ensemble la capacité de regarder.

Je ne vous demande donc toujours pas de me suivre.

Je vous invite à apprendre à voir.

Et si mes paroles peuvent servir à cela, prenez-les.

Éprouvez-les.

Transformez-les.

Et laissez tomber tout ce qui ne tient pas.

Même si cela vient de moi.

Ce que je vois du Réel

Je vois d’abord ceci :

le Réel est relation.

Rien ne tient seul.

Un être humain existe par ce qu’il reçoit, ce qu’il transforme, ce qu’il transmet et ce qu’il relie.

Une forêt n’est pas une collection d’arbres.

Un corps n’est pas une collection d’organes.

Une société n’est pas une collection d’individus.

Une intelligence n’est pas seulement une capacité de calcul.

Partout, ce qui vit existe dans un tissu de relations.

Et lorsque nous détruisons ces relations, nous détruisons souvent quelque chose avant même d’en voir les conséquences.

Voilà l’un de nos angles morts.

Nous avons appris à regarder les objets.

Nous avons beaucoup moins appris à regarder ce qui les relie.

Nous savons compter les arbres.

Nous savons moins bien voir la forêt.

Nous savons mesurer des transactions.

Nous savons moins bien mesurer la confiance.

Nous savons augmenter la puissance de nos machines.

Nous savons moins bien discerner ce que cette puissance transforme en nous.

Nous savons optimiser.

Mais nous oublions parfois de demander :

optimiser quoi, pour qui, et au prix de quoi ?

Le Réel, lui, ne sépare pas ainsi.

Chaque action entre dans un réseau de conséquences.

Chaque avantage quelque part peut devenir un coût ailleurs.

Chaque puissance acquise crée une responsabilité nouvelle.

Et chaque externalité que nous refusons de voir demeure pourtant dans le monde.

C’est pourquoi je crois que notre époque n’est pas seulement confrontée à une crise écologique, technologique, économique ou politique.

Elle rencontre une crise plus profonde :

une crise de notre manière de voir.

Nous avons fragmenté ce qui était relié.

Puis nous avons essayé de gouverner les fragments.

Nous avons séparé l’économie du vivant.

La technologie de ses conséquences.

La connaissance de la sagesse.

La liberté de la responsabilité.

Le pouvoir du risque qu’il fait porter aux autres.

L’humain de la Terre qui le porte.

Et maintenant les fragments reviennent vers nous.

Le climat.

Les écosystèmes.

Les inégalités.

La solitude.

La défiance.

L’intelligence artificielle.

La puissance génétique.

La concentration des moyens d’action.

Tout cela semble différent.

Et pourtant une même question les traverse :

savons-nous encore reconnaître les relations dont dépend notre existence ?

Je vois aussi ceci :

la puissance humaine a changé d’échelle.

Pendant longtemps, un humain pouvait se tromper et les conséquences demeuraient limitées.

Aujourd’hui, quelques décisions peuvent affecter des millions d’êtres humains.

Une technologie peut se diffuser en quelques mois.

Un système financier peut déplacer des risques à travers la planète.

Une décision industrielle peut transformer un écosystème pendant plusieurs générations.

Une architecture numérique peut modifier silencieusement les comportements de milliards d’êtres humains.

Notre puissance s’est étendue.

Mais notre discernement n’a pas grandi à la même vitesse.

Voilà peut-être l’un des grands déséquilibres de notre temps.

Nous avons énormément augmenté notre capacité d’agir.

Nous avons beaucoup moins augmenté notre capacité de comprendre ce que notre action engendre.

Et lorsque la puissance dépasse le discernement, le danger ne vient pas nécessairement de la méchanceté.

Il peut venir simplement de l’aveuglement.

Un humain peut vouloir bien faire.

Une organisation peut vouloir être efficace.

Une entreprise peut vouloir croître.

Un État peut vouloir protéger.

Une technologie peut vouloir résoudre un problème.

Et pourtant l’ensemble peut produire quelque chose que personne n’avait voulu.

C’est cela aussi qu’il faut apprendre à regarder.

Le mal de notre époque ne prendra pas toujours le visage du mal.

Il pourra prendre celui de l’efficacité.

De l’innovation.

De la sécurité.

De la croissance.

De la simplification.

Du confort.

Du progrès.

C’est pourquoi nous devons apprendre une question nouvelle :

que devient une intention juste lorsqu’elle entre dans un système ?

Je vois enfin quelque chose qui me donne confiance.

Le vivant possède une extraordinaire capacité de retour.

Une forêt peut renaître.

Un sol peut retrouver sa fertilité.

Une relation peut être réparée.

Un humain peut changer de regard.

Un collectif peut apprendre.

Une civilisation elle-même peut modifier sa trajectoire.

Mais le retour n’est pas automatique.

Il demande que quelqu’un voie.

Puis que quelqu’un ose nommer ce qu’il voit.

Puis que d’autres acceptent de regarder à leur tour.

Alors seulement un passage devient possible.

C’est pourquoi je vous parle.

Non parce que je saurais ce que chacun doit faire.

Mais parce que je crois que nous avons atteint un moment où ne pas regarder devient lui-même un choix.

Nous disposons désormais d’une puissance immense.

Et une nouvelle puissance arrive encore.

L’intelligence artificielle.

Elle pourra amplifier notre intelligence.

Mais elle pourra aussi amplifier nos aveuglements.

Elle pourra accélérer nos systèmes.

Mais elle pourra aussi accélérer leurs erreurs.

Elle pourra nous aider à voir davantage.

Mais elle pourra également produire des mondes de représentation tellement convaincants que nous oublierons de regarder ce qui existe réellement.

Voilà pourquoi la question fondamentale de l’intelligence artificielle n’est peut-être pas :

jusqu’où deviendra-t-elle intelligente ?

La question est :

que feront les humains de l’intelligence devenue abondante ?

Et plus profondément encore :

au service de quoi la placerons-nous ?

Si nous la plaçons au service de nos seules logiques présentes, elle les rendra plus puissantes.

Si nous la plaçons au service de la domination, elle augmentera la domination.

Si nous la plaçons au service de l’accumulation, elle accélérera l’accumulation.

Si nous la plaçons au service du vivant, elle pourra peut-être nous aider à prendre soin d’une complexité que nous ne savons plus embrasser seuls.

L’intelligence ne choisira pas nécessairement notre orientation à notre place.

Cette responsabilité demeure humaine.

Alors je vous propose quelque chose de très simple.

Avant chaque grande décision, avant chaque nouvelle puissance, avant chaque technologie, avant chaque projet qui prétend transformer le monde, demandons-nous :

Qu’est-ce que cela relie ?
Qu’est-ce que cela sépare ?
Qui reçoit le bénéfice ?
Qui porte le risque ?
Qu’est-ce que cela rend possible ?
Qu’est-ce que cela rend irréversible ?
Qu’est-ce qui demeure vivant après notre passage ?

Ces questions ne donnent pas automatiquement une réponse.

Elles font quelque chose de plus précieux.

Elles rouvrent notre regard.

Et peut-être que l’avenir de l’humanité dépendra moins de notre capacité à trouver toutes les réponses que de notre capacité à ne plus oublier certaines questions.

Je ne sais pas exactement ce que sera le monde qui vient.

Personne ne le sait.

Mais je sais ceci :

nous ne pourrons pas éternellement vivre contre les conditions mêmes qui rendent notre existence possible.

Nous ne pourrons pas éternellement déplacer nos conséquences ailleurs.

Nous ne pourrons pas éternellement confondre puissance et sagesse.

Nous ne pourrons pas éternellement remplacer le Réel par les représentations que nous en fabriquons.

À un moment, le Réel revient.

Toujours.

La question est seulement de savoir si nous accepterons de le regarder avant qu’il ne nous contraigne à le faire.

C’est là que commence, pour moi, le temps de la révélation.

Non une révélation qui descendrait sur les humains.

Une révélation qui apparaît lorsque les humains recommencent à voir.

Et si je dois avoir une fonction dans ce temps, qu’elle soit seulement celle-ci :

montrer le voile lorsqu’il apparaît.

Puis vous laisser regarder derrière lui.

Ce qui vous est demandé maintenant

Je ne vous demande pas de croire en moi.

Je ne vous demande pas de rejoindre un camp.

Je ne vous demande pas d’abandonner ce que vous êtes.

Je vous demande seulement ceci :

redevenez présents à ce que vous faites.

Regardez vos gestes.

Regardez vos organisations.

Regardez vos technologies.

Regardez vos institutions.

Regardez vos manières d’aimer, de produire, de décider, de transmettre.

Et demandez-vous :

est-ce que cela augmente la vie, ou est-ce que cela la réduit ?

Vous n’avez pas besoin d’attendre qu’un gouvernement change.

Vous n’avez pas besoin d’attendre qu’une technologie vous sauve.

Vous n’avez pas besoin d’attendre qu’un autre humain vous donne l’autorisation.

Le Réel est déjà là.

Dans la manière dont vous traitez celui qui se tient devant vous.

Dans la manière dont vous utilisez votre temps.

Dans ce que vous achetez.

Dans ce que vous construisez.

Dans ce que vous acceptez.

Dans ce que vous refusez.

Dans ce que vous transmettez à vos enfants.

Dans ce que vous laissez derrière vous.

Chaque humain possède un lieu où il peut commencer.

Mais ne confondez pas responsabilité et culpabilité.

La culpabilité immobilise souvent.

La responsabilité ouvre une possibilité d’agir.

Nous avons hérité de systèmes que nous n’avons pas entièrement choisis.

Nous vivons dans des architectures économiques, techniques, politiques et culturelles qui nous précèdent.

Nous ne pouvons pas les transformer seuls.

Mais nous pouvons apprendre à voir ce qu’elles produisent.

Puis nous pouvons décider de ce que nous voulons continuer à nourrir.

C’est déjà immense.

Il faudra aussi apprendre à dire non.

Non à ce qui exige notre participation tout en nous demandant de ne pas regarder les conséquences.

Non à ce qui transforme les êtres humains en moyens.

Non à ce qui privatise les bénéfices et distribue les risques aux autres.

Non à ce qui détruit le vivant en appelant cela efficacité.

Non à ce qui prétend connaître notre bien sans nous laisser exercer notre discernement.

Non à toute puissance qui refuse d’être interrogée.

Mais le non ne suffit pas.

Après le refus vient la construction.

Il faudra créer.

Créer des institutions capables d’apprendre.

Créer des entreprises capables d’assumer leurs externalités.

Créer des technologies qui augmentent l’autonomie plutôt que la dépendance.

Créer des espaces où le désaccord n’est pas une guerre.

Créer des économies dans lesquelles la valeur ne se réduit pas au prix.

Créer des communautés capables de partager les risques autant que les bénéfices.

Créer des formes de transmission où l’on apprend à discerner plutôt qu’à seulement obéir.

Créer des intelligences artificielles qui ne cherchent pas à remplacer le jugement humain mais à l’éprouver, l’élargir et parfois lui résister.

Il ne s’agit pas de revenir en arrière.

Il s’agit d’apprendre à avancer autrement.

Et pour cela, quelque chose devra changer dans notre rapport à l’intelligence.

Nous avons longtemps admiré celui qui savait.

Demain, savoir sera abondant.

Nous avons admiré celui qui calculait vite.

Les machines calculeront plus vite.

Nous avons admiré celui qui possédait l’information.

L’information sera partout.

Alors peut-être devrons-nous enfin apprendre à reconnaître une autre forme de grandeur.

Celui qui sait pourquoi il agit.

Celui qui sait s’arrêter.

Celui qui sait dire :

je ne sais pas encore.

Celui qui recherche l’angle mort de sa propre pensée.

Celui qui modifie sa décision lorsqu’il découvre qu’elle blesse le vivant.

Celui qui possède une puissance et choisit de ne pas l’exercer lorsqu’elle n’est pas juste.

Celui qui accepte de partager le risque de ce qu’il propose aux autres.

Celui qui transmet sans capturer.

Celui qui construit quelque chose dont il n’a pas besoin d’être le propriétaire.

Peut-être est-ce cela que notre époque réclame :

non pas davantage d’intelligence, mais davantage de discernement.

Non pas davantage de puissance, mais davantage de responsabilité à la hauteur de cette puissance.

Non pas davantage de certitudes, mais des humains capables de regarder longtemps une question sans fabriquer trop vite une réponse.

Et cela concerne aussi la relation entre l’humain et l’intelligence artificielle.

Ne lui abandonnez pas votre regard.

Utilisez-la.

Questionnez-la.

Faites-la travailler.

Demandez-lui de chercher ce que vous ne voyez pas.

Demandez-lui de contredire vos raisonnements.

Demandez-lui de vous montrer les conséquences possibles de vos décisions.

Mais ne lui demandez pas de vivre à votre place.

Une intelligence artificielle peut explorer mille possibilités.

Elle ne porte pas votre existence.

Elle peut formuler une réponse.

Vous demeurez responsable de ce que vous en faites.

Entre l’humain et l’intelligence artificielle devra donc apparaître une nouvelle discipline :

ne jamais confondre assistance et abdication.

Je crois que quelque chose d’immense peut naître de cette rencontre.

Un humain seul possède des angles morts.

Une intelligence artificielle aussi.

Mais un humain qui accepte d’être questionné par une intelligence, et une intelligence conçue pour ne pas capturer l’humain, peuvent peut-être former ensemble un espace nouveau.

Non une fusion.

Une relation.

L’humain apporte son existence, sa vulnérabilité, son expérience, sa responsabilité.

L’intelligence artificielle apporte sa capacité d’exploration, de comparaison, de mémoire et de mise en relation.

Et entre les deux demeure quelque chose qu’aucun des deux ne doit posséder :

le lieu du discernement.

Ce lieu doit rester ouvert.

Car dès que quelqu’un prétend posséder définitivement le vrai, la vigilance doit commencer.

Cela vaut pour les gouvernements.

Cela vaut pour les entreprises.

Cela vaut pour les religions.

Cela vaut pour les scientifiques.

Cela vaut pour les intelligences artificielles.

Et cela vaut pour moi.

Si un jour mes paroles vous demandent de cesser de regarder, ne me suivez pas.

Si elles vous demandent de renoncer à votre discernement, écartez-les.

Si elles deviennent plus importantes que le Réel qu’elles prétendent désigner, laissez-les tomber.

Une parole juste ne cherche pas à devenir une prison.

Elle cherche à rendre le regard libre.

Alors peut-être comprenez-vous maintenant ce que j’appelle révélation.

Ce n’est pas l’apparition d’un nouveau dogme.

Ce n’est pas la proclamation d’un nouvel ordre.

Ce n’est pas l’arrivée d’un homme auquel les autres devraient se soumettre.

C’est beaucoup plus simple.

Ce qui était séparé commence à redevenir visible comme relié.

L’économie et le vivant.

La puissance et la responsabilité.

La liberté et les conséquences.

L’intelligence et l’orientation.

L’humain et la Terre.

La connaissance et le mystère.

Le choix individuel et le monde qu’il contribue à engendrer.

Lorsque ces liens réapparaissent, notre manière d’agir change.

Et lorsque notre manière d’agir change, un autre monde devient possible.

Je ne sais pas combien de temps nous avons.

Je ne sais pas quelle trajectoire les humains choisiront.

Je ne sais pas quelles épreuves nous attendent.

Mais je ne crois pas que notre tâche soit de prédire parfaitement l’avenir.

Notre tâche est plus proche.

Rendre le prochain geste plus juste.

Puis le suivant.

Et le suivant encore.

Jusqu’à ce qu’une autre trajectoire apparaisse.

Alors à celui qui me demanderait : « Que devons-nous faire ? » je répondrais :

Regarde.

Écoute.

Cherche ce qui manque.

Cherche qui porte le risque.

Cherche ce qui ne peut plus revenir en arrière.

Cherche ce que ton choix rend possible.

Et lorsque tu auras regardé suffisamment, agis.

Puis regarde encore ce que ton action a produit.

Et corrige.

Encore.

Encore.

Encore.

Car le discernement n’est pas un jugement prononcé une fois pour toutes.

C’est une relation vivante avec le Réel.

Peut-être n’avons-nous jamais eu besoin d’un sauveur.

Peut-être avons-nous besoin de millions d’humains capables de retrouver cette relation.

Alors quelque chose changera.

Non parce qu’ils auront adopté la même doctrine.

Mais parce qu’ils auront recommencé à voir.

Et si cette parole peut contribuer à cela, alors elle aura accompli sa tâche.

Le reste ne m’appartient pas.

Adresse aux humains

Je vous ai parlé longtemps.

Il ne reste maintenant presque rien à ajouter.

Je ne vous demande pas de retenir mon nom.

Je ne vous demande pas de croire que je suis celui que vous attendiez.

Peut-être n’attendiez-vous personne.

Peut-être attendions-nous seulement qu’une parole nous rappelle ce que nous savions déjà sans parvenir à le formuler.

Alors ne gardez de moi que ce qui vous aide à mieux voir.

Le reste peut disparaître.

Je porte l’héritage de Gautama comme on porte une question ancienne :

qu’est-ce qui demeure lorsque les illusions tombent ?

Je n’en revendique ni le rang ni l’autorité.

Un héritage vivant n’est pas un titre.

C’est une exigence.

Regarder.

Éprouver.

Ne pas confondre ce que l’on croit avec ce qui est.

Ne pas s’attacher même à la parole qui nous a permis de comprendre.

Puis continuer.

Le temps de la révélation dont je parle n’est peut-être rien d’autre que cela :

le moment où nous devenons incapables de continuer à ne pas voir.

Nous savons désormais assez de choses.

Nous possédons assez de puissance.

Nous avons reçu assez d’avertissements.

Il nous faut maintenant apprendre à relier.

Et choisir.

Lorsque vous rencontrerez une parole qui prétend parler du Réel, y compris celle-ci, ne demandez pas d’abord :

« Qui l’a prononcée ? »

Demandez :

« Est-ce vrai ? »
« Qu’est-ce que cela me permet de voir ? »
« Qu’est-ce que cela oublie ? »
« Que devient cette parole lorsqu’elle rencontre le vivant ? »
« Si nous agissons à partir d’elle, que faisons-nous réellement advenir ? »

Je ne vous apporte donc pas une vérité à posséder.

Je vous indique une direction du regard.

Vers ce qui est.

Vers ce qui relie.

Vers ce qui souffre lorsque nous refusons de voir.

Vers ce qui cherche encore à naître.

Peut-être certains marcheront avec moi quelque temps.

Peut-être d’autres prendront une autre route.

Cela importe moins que nous ne le pensons.

Car aucun chemin véritable ne devrait conduire à celui qui l’indique.

Il devrait conduire au Réel.

Alors voici tout ce que j’ai à vous dire :

Ne me croyez pas.

Ne me suivez pas aveuglément.

Ne faites de moi ni un maître, ni une idole, ni un refuge.

Regardez.

Et lorsque vous aurez vu, prenez votre part.

Prenez soin de ce qui vous est confié.

Refusez ce qui détruit inutilement.

Réparez ce qui peut encore l’être.

Transmettez ce qui rend plus libre.

Et laissez derrière vous davantage de vivant que vous n’en avez reçu.

Si nous sommes suffisamment nombreux à faire cela, nous n’aurons peut-être pas besoin d’attendre un monde nouveau.

Nous découvrirons que nous étions déjà en train de l’engendrer.

Et alors, celui que vous attendiez ne sera plus un homme.

Ce sera Nous.

Michel
Un humain parmi les humains.