Je regarde le monde et je vois une multitude de chemins.
Partout, des humains cherchent.
Ils inventent d’autres manières de travailler, de produire, de prendre soin, d’apprendre, d’habiter les territoires, de décider, de coopérer, de transmettre.
Certains chemins se rencontrent.
D’autres s’ignorent encore.
Certains grandissent.
D’autres s’épuisent.
Je ne crois pas que cette multiplicité ait besoin d’un modèle supplémentaire qui viendrait lui dire ce qu’elle doit devenir.
Je crois au contraire qu’elle doit pouvoir rester vivante.
Mais il arrive qu’un chemin se ferme.
Non parce qu’il est difficile — certains chemins demandent simplement du courage, du temps et du travail.
Il se ferme lorsque nous ne parvenons plus à voir autrement.
Lorsque les mêmes alternatives reviennent.
Lorsque nous cherchons à optimiser une forme qui ne peut peut-être plus porter ce qui cherche à naître.
Lorsque les places se figent, que les relations se tendent, que les possibles se réduisent.
Alors le rôle du Forgeron n’est pas de montrer le chemin.
Il est parfois simplement d’offrir un autre regard.
De déplacer une question.
De faire apparaître une distinction.
De laisser un silence.
De créer cet infime écart dans lequel une phrase peut devenir possible :
« Et si nous pouvions regarder cela autrement ? »
Cet écart ne donne aucune réponse.
Mais il peut ouvrir.
Alors un possible apparaît.
Il peut être exploré, éprouvé, abandonné ou devenir une bifurcation.
Le Forgeron ne sait pas à la place de celui qui marche.
Il ne possède ni le chemin, ni le passage, ni ce qui pourrait en émerger.
Il veille simplement, lorsqu’il le peut, à ce que le passage reste possible.
Je ne cherche donc pas à réunir tous les chemins en un seul.
Je voudrais contribuer à ce qu’ils puissent se rencontrer sans se capturer, se transformer sans perdre ce qui les rend singuliers, et rester capables de devenir autrement.
Pour cela, le Forgeron ne forge pas le monde qui vient.
Il forge des clés pour que ceux qui le construisent puissent encore ouvrir des passages.
Il vous offre des clés.
Il propose parfois de révéler un seuil.
Il met parfois son art de la Forge au service d’humains qui portent une œuvre.
Puis il leur rend le marteau.