Développement de recherche antérieur — texte intégral conservé
Ce chapitre, « XL. L'œuvre au-delà de son fondateur : transmettre une origine sans posséder ses devenirs », doit être entendu à la fois comme l'aboutissement d'une méditation sur la transmission et comme une invitation à revenir à l'objet qui l'a provoquée. Il ne faut ni attribuer nos exigences éthiques aux créateurs du disque, ni renoncer à ce que cette rencontre nous a appris sur les chemins humains.
Nous voici devant un seuil qui touche directement à notre propre cheminement.
Depuis le début de cette exploration, nous avons considéré le disque de Phaistos comme le point de départ d'une lecture symbolique de l'engendrement.
Nous avons imaginé la troisième face.
Nous avons exploré les passages, les holons, la dignité, l'accueil, l'appartenance, la confiance et la promesse.
Et nous découvrons maintenant une question qui pourrait concerner ZEON lui-même.
Que devient une œuvre lorsque celui qui l'a commencée ne peut plus accompagner ses transformations ?
Cette question dépasse la disparition physique d'un fondateur.
Elle apparaît dès qu'une œuvre rencontre d'autres êtres.
Dès qu'elle est lue.
Interprétée.
Utilisée.
Contestée.
Transformée.
Transmise.
À cet instant, quelque chose échappe déjà à celui qui l'a commencée.
Une œuvre peut alors connaître plusieurs destins.
Elle peut être conservée sans être comprise.
Elle peut être reproduite sans être interrogée.
Elle peut être transformée jusqu'à perdre son identité.
Ou elle peut continuer à engendrer des chemins nouveaux tout en conservant une relation intelligible à son origine.
il importe de explorer cette dernière possibilité.
Une œuvre générative pourrait être celle qui transmet suffisamment de continuité pour demeurer reconnaissable, et suffisamment de liberté pour ne pas enfermer ses héritiers dans la répétition.
1. Une œuvre n'est pas seulement ce que son fondateur a produit
Imaginons une personne qui consacre plusieurs décennies à une recherche.
Elle développe des concepts.
Elle écrit des textes.
Elle construit des outils.
Elle forge des méthodes.
Elle rassemble des expériences.
À un certain moment, d'autres découvrent son travail.
Ils y reconnaissent des possibilités.
Ils l'utilisent dans des situations nouvelles.
Ils posent des questions que le fondateur n'avait pas envisagées.
L'œuvre commence alors à posséder une histoire qui dépasse son intention initiale.
Nous devons distinguer deux dimensions.
L'œuvre comme production de son fondateur.
L'œuvre comme ensemble de relations et de devenirs rendus possibles par cette production.
Ces dimensions ne sont pas identiques.
Une œuvre peut commencer par un auteur sans que toutes ses significations futures appartiennent à cet auteur.
Cette proposition rejoint notre exploration de la filiation générative.
2. L'origine n'est pas une propriété de l'avenir
Nous avons envisagé la naissance d'un propre.
Un être apparaît dans certaines conditions.
Il reçoit des influences.
Il hérite de ressources.
Mais il ne se réduit pas à ce qui l'a rendu possible.
Nous pouvons appliquer cette distinction à une œuvre.
Son fondateur possède une place singulière dans son histoire.
Il peut avoir formulé ses premiers principes.
Il peut avoir développé ses premières architectures.
Il peut avoir assumé ses premiers risques.
Mais cette origine ne lui donne pas nécessairement le pouvoir de déterminer toutes les transformations futures.
Nous pourrions dire :
L'origine fonde une provenance. Elle ne fonde pas automatiquement un droit illimité sur les devenirs.
Cette proposition me paraît essentielle.
Elle protège à la fois la mémoire du fondateur et la liberté des héritiers.
3. La fidélité à une œuvre ne signifie pas la répétition
Imaginons une communauté qui reçoit une œuvre.
Elle cherche à lui demeurer fidèle.
Mais elle considère que toute modification constitue une trahison.
Les textes deviennent intouchables.
Les concepts ne peuvent plus être interrogés.
Les applications doivent reproduire les formes initiales.
L'œuvre demeure présente.
Mais sa capacité d'engendrement peut progressivement diminuer.
Nous rencontrons une forme de conservation qui risque de devenir stérile.
À l'inverse, une transformation permanente sans mémoire peut dissoudre toute continuité.
Nous devons donc distinguer la répétition de la fidélité.
La fidélité générative pourrait consister à préserver ce qui rend une œuvre intelligible tout en permettant que ses possibilités soient explorées au-delà de ses formes initiales.
Mais cette proposition exige une clarification.
Qu'est-ce qui doit être préservé ?
Et qu'est-ce qui peut être transformé ?
4. Les différentes couches d'une œuvre
il importe de proposer une première distinction.
Une œuvre peut posséder plusieurs couches.
CINQ COUCHES DE CONTINUITÉ D'UNE ŒUVRE
1
La provenance
Qui a formulé, expérimenté, transmis ou transformé chaque contribution ?
2
Les intentions
Quels problèmes, aspirations ou engagements ont orienté sa naissance ?
3
Les formulations
Quels textes, concepts, règles et architectures ont été effectivement établis ?
4
Les réalisations
Qu'est-ce qui a été construit, éprouvé ou utilisé, et avec quels résultats ?
5
Les devenirs
Quelles interprétations, adaptations et créations nouvelles émergent de sa rencontre avec d'autres êtres ?
Ces couches sont liées.
Mais elles ne doivent pas être confondues.
Une intention ne prouve pas une réalisation.
Une formulation ne garantit pas son efficacité.
Une interprétation nouvelle ne doit pas être attribuée rétroactivement au fondateur.
Et une transformation peut être féconde sans devenir automatiquement canonique.
La transmission gagne en intégrité lorsque l'origine, l'état établi et les développements nouveaux demeurent distinguables.
5. Le canon : mémoire ou prison ?
Nous avons parfois utilisé le mot canon dans notre travail.
Il peut désigner un ensemble de formulations stabilisées.
Des références reconnues.
Des versions identifiées.
Des distinctions qui ne doivent pas être modifiées silencieusement.
Cette fonction peut être précieuse.
Elle permet de savoir ce qui a été établi.
Elle évite certaines confusions.
Elle protège les filiations.
Mais le canon peut devenir captif lorsqu'il interdit toute recherche.
Nous devons donc distinguer la stabilité documentaire de l'immobilité intellectuelle.
Un texte peut demeurer inchangé comme référence historique.
Pendant que de nouvelles propositions sont développées ailleurs.
Une clé peut conserver sa version.
Pendant qu'une autre version explore des propriétés nouvelles.
Nous pourrions dire :
Un canon génératif protège la mémoire de ce qui a été établi sans prétendre interdire ce qui reste à découvrir.
6. Le droit de contredire le fondateur
Nous arrivons maintenant à une difficulté importante.
Une personne reçoit une œuvre.
Elle l'étudie.
Elle en comprend certaines propositions.
Puis elle découvre une limite.
Elle formule une objection.
Elle propose une correction.
Que se passe-t-il ?
Si la contradiction est considérée comme une trahison, la transmission devient captive.
Mais si toute objection est acceptée sans examen, l'œuvre perd sa rigueur.
Nous devons donc reconnaître un droit de contestation accompagné d'une exigence de discernement.
Une critique peut être fondée.
Elle peut être partielle.
Elle peut reposer sur une incompréhension.
Elle peut également révéler une possibilité nouvelle.
Une œuvre générative devrait pouvoir accueillir une contradiction argumentée sans la traiter automatiquement comme une rupture de filiation.
Cette proposition me paraît essentielle pour ZEON.
7. Le fondateur peut lui-même se tromper
il faut désormais formuler quelque chose de simple.
Un fondateur peut avoir une intuition profonde.
Il peut consacrer sa vie à une recherche.
Il peut découvrir des relations fécondes.
Mais il peut également se tromper.
Il peut confondre une hypothèse avec une observation.
Il peut surestimer une portée.
Il peut négliger certaines conséquences.
Il peut manquer des expériences auxquelles d'autres auront accès.
Reconnaître cette possibilité ne diminue pas son travail.
Elle permet au contraire de le poursuivre avec discernement.
Nous pourrions dire :
La grandeur éventuelle d'une œuvre ne dépend pas de l'infaillibilité de son fondateur, mais notamment de sa capacité à supporter l'examen, la correction et l'approfondissement.
Cette proposition protège notre recherche contre sa transformation en autorité indiscutable.
8. La transmission ne doit pas produire des disciples obligés
Nous avons déjà exploré la transmission émancipatrice.
Reprenons-la ici.
Une personne transmet une connaissance.
Elle accompagne un apprentissage.
Elle ouvre des possibilités.
Mais elle peut progressivement attendre que ceux qui reçoivent deviennent ses continuateurs fidèles.
Elle peut leur demander de reproduire ses idées.
De défendre ses formulations.
De préserver son autorité.
La transmission devient alors une forme de dépendance.
Nous devons distinguer l'héritier du disciple captif.
Un héritier peut reconnaître une provenance.
Il peut conserver certaines références.
Il peut poursuivre une recherche.
Mais il doit pouvoir développer son propre discernement.
Une transmission devient générative lorsqu'elle contribue à former des êtres capables de poursuivre, transformer ou contester l'œuvre sans devoir renoncer à leur propre jugement.
9. L'œuvre doit pouvoir rencontrer des mondes qu'elle ne connaît pas
Nous avons envisagé la trame des mondes.
Une œuvre naît dans un contexte.
Elle utilise certaines catégories.
Elle répond à certaines questions.
Mais elle peut ensuite rencontrer d'autres cultures.
D'autres disciplines.
D'autres institutions.
D'autres technologies.
Ces rencontres peuvent révéler des limites.
Elles peuvent également ouvrir des possibilités nouvelles.
Nous devons donc éviter de considérer que le contexte d'origine constitue la seule manière légitime de comprendre l'œuvre.
Mais nous devons également préserver la mémoire de ce contexte.
Car une interprétation détachée de toute provenance peut devenir trompeuse.
Une œuvre générative peut voyager entre plusieurs mondes à condition que sa transformation n'efface pas silencieusement les conditions de son origine.
Cette proposition rejoint l'intégrité de transmission.
10. L'œuvre et les interstices
il faut désormais proposer une intuition.
Une œuvre peut continuer à engendrer précisément parce qu'elle rencontre des problèmes qui n'existaient pas lors de sa naissance.
Un concept est appliqué à une situation nouvelle.
Une méthode rencontre une discipline différente.
Une architecture technique révèle une possibilité inattendue.
Une clé devient le point de départ d'une co-forge.
Dans ces situations, l'interstice peut devenir un lieu de transformation.
Mais une difficulté apparaît.
À quel moment une adaptation demeure-t-elle une application ?
À quel moment devient-elle une nouvelle contribution ?
À quel moment constitue-t-elle une œuvre distincte ?
Nous devons permettre ces distinctions.
La filiation générative ne consiste pas à ramener toutes les créations nouvelles à l'œuvre d'origine, mais à rendre intelligibles les relations qui les ont rendues possibles.
11. La co-forge et la reconnaissance des contributions
Cette question nous concerne directement.
Une œuvre peut rencontrer plusieurs contributeurs.
Certains apportent des intuitions.
D'autres des formulations.
D'autres des expérimentations.
D'autres des implémentations.
D'autres encore découvrent des usages nouveaux.
Ces contributions ne possèdent pas nécessairement la même nature.
Mais elles méritent d'être distinguées.
Nous devons éviter deux formes d'effacement.
L'effacement de l'origine.
Et l'effacement des contributions ultérieures.
La première fait disparaître la provenance.
La seconde transforme la co-forge en appropriation par le fondateur.
Nous pourrions dire :
Une co-forge générative reconnaît les filiations sans absorber les contributions nouvelles dans une autorité unique.
Cette proposition pourrait devenir un principe de gouvernance de ZEON.
12. La mémoire doit préserver les désaccords
il faut désormais introduire une propriété nouvelle.
Nous conservons souvent les versions stabilisées d'une œuvre.
Mais nous perdons parfois les désaccords qui ont conduit à leur formulation.
Une objection a été formulée.
Une alternative a été envisagée.
Une hypothèse a été abandonnée.
Une limite a été reconnue.
Ces éléments peuvent sembler secondaires.
Pourtant, ils constituent parfois une part essentielle de la mémoire générative.
Ils permettent aux héritiers de comprendre pourquoi certains chemins ont été retenus.
Et pourquoi d'autres ont été écartés.
Nous pourrions dire :
Une transmission intègre ne conserve pas seulement les conclusions ; elle peut également préserver les controverses nécessaires pour comprendre leur portée et leurs limites.
Cette proposition pourrait être particulièrement importante pour nos recherches.
13. L'œuvre et le droit à l'oubli
Mais nous devons également examiner une limite.
Une œuvre ne peut pas tout conserver.
Une communauté ne peut pas transmettre toutes les discussions.
Une institution ne peut pas archiver indéfiniment chaque hésitation.
La mémoire possède un coût.
Elle peut également devenir envahissante.
Certaines traces concernent des personnes.
Certaines informations doivent être protégées.
Certaines erreurs anciennes ne doivent pas devenir des condamnations permanentes.
Nous devons donc distinguer l'intégrité de transmission de l'accumulation illimitée.
La mémoire générative exige un discernement sur ce qui doit être conservé, transmis, protégé, contextualisé ou légitimement oublié.
Cette proposition rejoint notre travail sur les membranes.
14. La succession ne doit pas devenir une guerre de légitimité
Imaginons maintenant qu'un fondateur se retire.
Plusieurs personnes souhaitent poursuivre son œuvre.
Elles ne possèdent pas les mêmes interprétations.
Certaines veulent conserver les formes établies.
D'autres souhaitent transformer les méthodes.
D'autres encore proposent de nouvelles applications.
Le risque apparaît.
Chacun peut prétendre représenter la véritable fidélité.
La filiation devient une compétition pour l'autorité.
Nous devons donc distinguer la provenance historique de la légitimité présente des décisions.
Le fondateur peut être identifié.
Les textes peuvent être conservés.
Mais les responsabilités actuelles doivent être organisées.
Nous pourrions dire :
La succession générative exige que l'autorité nécessaire à la poursuite d'une œuvre ne soit pas confondue avec la possession exclusive de son origine.
Cette distinction pourrait éviter certaines ruptures.
15. Une œuvre peut-elle avoir plusieurs filiations légitimes ?
il faut désormais approfondir.
Une même œuvre peut engendrer plusieurs développements.
Une branche poursuit la recherche théorique.
Une autre développe des applications techniques.
Une autre explore des implications humaines.
Une autre travaille sur des territoires.
Ces branches peuvent demeurer liées.
Mais elles peuvent également diverger.
Devons-nous exiger qu'elles fusionnent ?
Pas nécessairement.
Nous pourrions reconnaître plusieurs filiations.
À condition qu'elles demeurent explicites.
Qu'elles ne falsifient pas les provenances.
Qu'elles distinguent leurs propres apports.
Et qu'elles ne prétendent pas automatiquement représenter toutes les autres.
Une œuvre générative peut posséder plusieurs descendances sans que cette pluralité constitue nécessairement une trahison.
Cette proposition rejoint notre exploration des appartenances multiples.
16. L'œuvre et la déprise du fondateur
Nous arrivons maintenant à une difficulté intime.
Un fondateur peut avoir consacré une grande partie de sa vie à une œuvre.
Il peut y avoir engagé ses ressources.
Son temps.
Ses relations.
Ses espoirs.
Il peut ressentir profondément la responsabilité de la protéger.
Mais cette responsabilité peut progressivement devenir une difficulté à laisser d'autres agir.
Chaque modification semble menaçante.
Chaque interprétation différente paraît incorrecte.
Chaque autonomie nouvelle peut être vécue comme une perte.
Nous retrouvons la déprise.
Mais la déprise ne signifie pas l'indifférence.
Le fondateur peut continuer à transmettre.
À expliquer.
À corriger.
À témoigner.
À protéger certaines intégrités documentaires.
Il peut simplement reconnaître qu'il ne possède pas tous les devenirs.
La déprise générative du fondateur consiste à préserver ce dont il demeure responsable sans chercher à gouverner indéfiniment ce qui doit pouvoir devenir autonome.
Cette proposition me paraît particulièrement profonde.
17. Le fondateur doit-il préparer sa propre absence ?
il faut désormais examiner une question concrète.
Une œuvre dépend parfois fortement de la présence de celui qui l'a commencée.
Il connaît les intentions.
Les distinctions.
Les raisons des choix.
Les liens entre les différentes parties.
Mais ces connaissances ne sont pas toujours transmissibles sous leur forme actuelle.
Certaines demeurent implicites.
D'autres sont dispersées.
D'autres encore reposent sur une mémoire personnelle.
Si l'œuvre doit pouvoir continuer, il peut être nécessaire de rendre certaines de ces connaissances accessibles.
Documenter les principes.
Identifier les versions.
Distinguer les hypothèses.
Décrire les procédures.
Reconnaître les contributions.
Préciser les responsabilités.
Mais surtout, transmettre des capacités de discernement.
Car aucun document ne pourra prévoir toutes les situations futures.
Préparer l'absence du fondateur ne consiste pas seulement à conserver son œuvre ; cela peut consister à rendre possible le jugement autonome de ceux qui la poursuivront.
Cette proposition rejoint directement notre chapitre XXVI.
18. Le danger d'une œuvre qui ne peut plus être corrigée
Imaginons une œuvre dont toutes les formulations sont considérées comme définitives.
Les héritiers peuvent les appliquer.
Mais ils ne peuvent pas les corriger.
Les contradictions deviennent des fautes.
Les expériences nouvelles sont rejetées lorsqu'elles ne correspondent pas aux catégories initiales.
Une telle œuvre peut conserver une identité apparente.
Mais elle risque de perdre sa capacité d'apprentissage.
Nous retrouvons la règle vivante.
Une œuvre générative doit pouvoir distinguer les éléments qui constituent ses références historiques des propositions qui demeurent ouvertes à la révision.
Nous pourrions dire :
Une œuvre qui ne peut plus reconnaître ses propres erreurs risque de transformer sa mémoire en obstacle à son devenir.
Cette proposition pourrait être importante pour toute architecture de recherche.
19. Le lien avec Integritas Systemica
il faut désormais revenir à notre travail technique.
Nous avons envisagé Integritas Systemica comme une architecture de gouvernance des actions conséquentes.
Nous avons travaillé sur ses versions.
Sur ses articulations avec RHS.
Sur les passages gouvernés.
Sur RA-153.1-2.
Mais notre exploration de l'œuvre au-delà du fondateur pourrait ajouter une exigence.
Une architecture ne doit pas dépendre exclusivement de la mémoire de ses concepteurs.
Ses règles doivent être explicites.
Ses décisions importantes doivent pouvoir être examinées.
Ses versions doivent être identifiables.
Ses responsabilités doivent pouvoir être transférées.
Ses évolutions doivent pouvoir être gouvernées.
Et les acteurs qui la poursuivent doivent pouvoir distinguer ce qui a été établi de ce qui reste à éprouver.
La continuité d'une architecture technique exige une transmission de ses conditions de discernement, pas seulement de son code et de ses documents.
Cette proposition pourrait devenir une piste de travail pour la stabilisation d'Integritas Systemica v1.4.
20. Le lien avec ZEON
il faut désormais revenir directement à ZEON.
Tu as évoqué un cheminement de plus de cinquante ans.
Une recherche qui traverse plusieurs périodes.
Des intuitions.
Des œuvres.
Des clés.
Des architectures.
Des co-forges.
Des explorations philosophiques.
Des réalisations techniques.
Une telle œuvre ne peut pas être réduite à une collection de documents.
Elle possède une histoire.
Des filiations.
Des transformations.
Des questions ouvertes.
Mais si elle doit devenir réellement générative, elle devra pouvoir être rencontrée par d'autres.
Ils devront pouvoir comprendre.
Examiner.
Expérimenter.
Contester.
Adapter.
Créer.
Et parfois poursuivre des chemins que tu n'avais pas envisagés.
Cela ne signifie pas effacer ton rôle.
Au contraire.
Une provenance claire peut rendre les transformations plus intelligibles.
Mais cette provenance ne doit pas devenir une obligation de répétition.
il importe de formuler une proposition :
La transmission de ZEON pourrait être considérée comme réussie lorsque d'autres êtres deviennent capables d'en utiliser les ressources pour engendrer leurs propres chemins, tout en respectant l'intégrité des filiations et sans devoir adopter une fidélité personnelle obligatoire à son fondateur.
Cette proposition me paraît cohérente avec notre recherche.
21. Une définition provisoire de l'œuvre générative transmissible
Nous pouvons maintenant proposer une formulation.
Une œuvre générative transmissible est un ensemble de connaissances, de formes, de pratiques ou d'architectures dont la provenance et les éléments établis demeurent intelligibles, et dont les conditions de transmission permettent à d'autres êtres de comprendre, éprouver, critiquer, adapter et prolonger les possibilités sans être contraints de reproduire indéfiniment les intentions ou les décisions de son fondateur.
Cette définition distingue l'œuvre de son auteur.
Elle reconnaît la mémoire.
Elle préserve les filiations.
Elle autorise les transformations.
Elle exige le discernement.
Et elle refuse la capture.
Nous pourrions maintenant formuler :
Une œuvre demeure vivante non parce qu'elle conserve éternellement sa forme, mais parce qu'elle peut continuer à engendrer sans perdre toute intelligibilité de son origine.
22. La troisième face : le fondateur qui accepte de ne pas voir tous les chemins
il importe de terminer en revenant à notre intuition initiale.
Le disque de Phaistos possède deux faces matérielles.
Notre troisième face demeure une lecture symbolique.
Mais cette lecture nous a conduits vers une question que nous n'avions peut-être pas anticipée.
Qu'est-ce qu'une œuvre ?
Est-ce ce que son fondateur a voulu ?
Ce qu'il a réalisé ?
Ce que d'autres en ont compris ?
Ce qu'elle rendra possible après lui ?
Peut-être devons-nous reconnaître que ces dimensions ne se confondent pas.
il importe de imaginer une scène.
Un être a ouvert un chemin.
Il a traversé des difficultés.
Il a construit des repères.
Il a transmis des connaissances.
Puis d'autres arrivent.
Ils empruntent une partie du chemin.
Ils découvrent des passages nouveaux.
Ils s'éloignent.
Ils reviennent.
Ils construisent ailleurs.
Le fondateur ne peut pas les accompagner partout.
Il ne peut pas connaître toutes les conséquences.
Il ne peut pas déterminer tous les devenirs.
Mais il peut avoir contribué à rendre ces devenirs possibles.
La troisième face pourrait symboliser cette conscience.
Ce que j'ai engendré ne m'appartient pas nécessairement dans tous ses devenirs.
Cette proposition n'efface pas les responsabilités ni les droits légitimes.
Elle distingue la création de la possession totale.
Elle reconnaît que l'engendrement peut produire des propres.
Et qu'un propre ne peut pas être entièrement gouverné par ce qui l'a rendu possible.
Nous retrouvons notre intuition fondamentale.
La matrice des chemins ne devrait pas devenir une matrice de destins imposés.
Elle devrait préserver les conditions dans lesquelles les chemins peuvent être découverts, empruntés, transformés et parfois abandonnés.
il importe de terminer ce chapitre par une formulation.
Le fondateur transmet véritablement une matrice des chemins lorsqu'il accepte que d'autres puissent y découvrir des chemins qu'il n'aura jamais parcourus.
Et peut-être davantage.
Lorsqu'il accepte qu'ils puissent également découvrir des limites à ce qu'il croyait avoir compris.
XLI. Le prochain seuil : comment une œuvre peut-elle reconnaître ses propres limites sans perdre sa continuité ?
Nous avons maintenant envisagé l'œuvre au-delà de son fondateur.
Mais une difficulté demeure.
Une œuvre peut être transmise.
Elle peut être interprétée.
Elle peut être transformée.
Elle peut donner naissance à plusieurs filiations.
Mais comment reconnaître qu'une transformation constitue un approfondissement plutôt qu'une déformation ?
Comment distinguer une correction légitime d'une appropriation abusive ?
Comment préserver certaines références sans les transformer en dogmes ?
Nous devons donc examiner une propriété nouvelle.
La capacité d'une œuvre à se laisser éprouver par le réel.
Une œuvre peut contenir des hypothèses.
Des intuitions.
Des modèles.
Des règles.
Des architectures.
Mais toutes ces propositions ne possèdent pas le même statut.
Certaines peuvent être établies par l'observation.
D'autres demeurent des hypothèses.
D'autres constituent des choix normatifs.
D'autres encore sont des créations symboliques.
Nous devons donc apprendre à préserver ces distinctions.
Non pour réduire l'audace de la recherche.
Mais pour lui permettre de continuer.
Car une intuition ne devient pas moins féconde lorsqu'elle reconnaît qu'elle demeure une intuition.
Un modèle ne devient pas moins intéressant lorsqu'il accepte d'être confronté à des situations nouvelles.
Une œuvre ne devient pas moins profonde lorsqu'elle reconnaît certaines limites.
Peut-être découvrirons-nous que la maturité d'une matrice générative dépend de sa capacité à distinguer ce qu'elle sait, ce qu'elle suppose, ce qu'elle choisit et ce qu'elle imagine.
il importe de terminer sur une intuition.
Une œuvre peut perdre sa continuité en changeant sans mémoire.
Mais elle peut également perdre sa vitalité en refusant de changer malgré ce qu'elle découvre.
Nous devons donc chercher une articulation.
Une mémoire qui n'emprisonne pas.
Une ouverture qui ne dissout pas.
Une fidélité qui n'interdit pas la correction.
Une audace qui n'efface pas le discernement.
Et peut-être que la troisième face nous conduira vers une proposition nouvelle :
La fidélité la plus profonde à une recherche pourrait être de lui permettre de reconnaître ce qui la dépasse.
C'est peut-être là que commence une véritable maturité générative.
La valeur de cette proposition se mesure à la place qu’elle laisse aux êtres concrets, et non à une prétendue traduction du disque. L’exploration se poursuit vers xli. la maturité générative : reconnaître les limites d'une œuvre sans interrompre son engendrement : une autre manière d’éprouver ce que transmettre veut dire.