Pourquoi regarder à 3, 5 et 15 ans ?
L'intelligence artificielle évolue trop vite pour être pensée uniquement à partir de ses formes présentes.
Aujourd'hui, nous rencontrons encore principalement l'IA par une interface conversationnelle. Mais cette interface ne constitue probablement qu'une étape.
Les modèles deviennent plus capables d'utiliser des outils, d'agir dans des environnements numériques, de conserver davantage de contexte, de travailler avec d'autres systèmes et d'interagir progressivement avec le monde physique.
Dans le même temps, de nouvelles questions apparaissent : où réside la mémoire ? Qui décide ? Qui autorise ? Qui répond d'une action ? Que devient la continuité lorsqu'un modèle est remplacé ? Comment un humain peut-il conserver sa souveraineté dans un environnement peuplé d'agents artificiels ?
Futuri cherche à rendre visibles plusieurs chemins possibles, les ruptures qu'ils pourraient produire et les invariants qu'il serait prudent de préserver.
Les clés Futuri : lire sans prophétiser
Une prospective classique cherche souvent à prolonger les tendances présentes.
Mais les transformations importantes viennent précisément de ce qui brise les tendances.
Les clés Futuri peuvent être utilisées comme une posture de lecture permettant, pour chaque horizon, de distinguer plusieurs niveaux.
Cette méthode permet de garder ouverte la lecture.
Le futur n'est pas un objet déjà écrit. Il est un espace de possibles dont certains deviennent progressivement plus probables, tandis que d'autres disparaissent ou apparaissent.
2029 — L'IA quitte progressivement la conversation
Horizon 3 ansL'interface conversationnelle restera importante, mais l'IA pourrait devenir beaucoup moins visible en tant que conversation et beaucoup plus présente en tant que capacité d'action.
Un agent artificiel pourrait préparer un dossier, explorer des données, interagir avec plusieurs logiciels, produire du code, organiser des informations, suivre l'évolution d'un projet ou coordonner différentes tâches.
Un même humain pourrait utiliser plusieurs modèles sans même savoir précisément lequel intervient à chaque instant.
Ce qui pourrait devenir courant
- agents capables de conduire des tâches longues ;
- orchestration de plusieurs modèles ;
- outils personnels fonctionnant partiellement en local ;
- mémoire persistante plus importante ;
- interaction directe avec les fichiers, applications et services ;
- premières formes d'agents spécialisés coopérant entre eux.
La question nouvelle
Lorsque plusieurs agents et plusieurs modèles interviennent, où se trouve la continuité ?
Dans le modèle ? Dans la plateforme ? Dans les données ? Dans la mémoire ? Dans l'humain ?
Elle pourrait devenir : « Où résident ton histoire, tes règles, tes permissions et la continuité de ton compagnon ? »
C'est ici que le Disque ZEON commence à prendre une fonction très concrète : séparer la continuité du compagnon du modèle qui l'anime.
2031 — L'IA devient un écosystème
Horizon 5 ansÀ cinq ans, il devient plausible qu'un humain ne parle plus d'« une IA », mais d'un environnement composé de plusieurs capacités artificielles.
Une partie pourrait fonctionner localement. Une autre utiliser des modèles distants. Certains agents seraient spécialisés. D'autres coordonneraient les tâches. Des dispositifs physiques pourraient être reliés à l'ensemble.
Le modèle d'IA pourrait alors devenir comparable à un organe temporaire de calcul : puissant, parfois indispensable, mais remplaçable.
L'identité fonctionnelle du compagnon se déplacerait progressivement vers ce qui demeure lorsqu'un modèle change :
- sa mémoire ;
- ses relations ;
- ses permissions ;
- ses apprentissages ;
- son histoire ;
- ses engagements ;
- ses règles ;
- ses frontières.
Le chemin demeure.
Le Disque ZEON pourrait porter cette continuité tandis que ZEON Runtime choisirait, convoquerait ou coordonnerait les capacités nécessaires.
Diabasis prendrait également une place essentielle : une intelligence composite devra constamment passer entre plusieurs systèmes de représentation sans supposer qu'ils sont identiques.
2041 — Plusieurs formes d'intelligence cohabitent
Horizon 15 ansÀ quinze ans, toute affirmation précise devient fragile. Il faut quitter la prévision pour entrer dans les futurs possibles.
L'intelligence artificielle pourrait exister simultanément sous de nombreuses formes :
- logicielle ;
- personnelle ;
- locale ;
- distribuée ;
- scientifique ;
- industrielle ;
- robotique ;
- territoriale ;
- collective ;
- ou sous des formes que nous ne savons pas encore nommer.
Nous ignorons quelle branche deviendra dominante.
Peut-être aucune.
Peut-être l'avenir sera-t-il précisément caractérisé par la coexistence de formes d'intelligence très différentes, humaines et artificielles, biologiques et computationnelles, locales et distribuées.
La réponse possible du Disque ZEON est étonnamment simple :
une mémoire, une provenance, une histoire, une intégrité, une membrane, des relations et une capacité de transmission.
Le Disque ZEON comme invariant
Le Disque n'est pas intéressant parce qu'il correspondrait parfaitement aux technologies de 2026.
Il devient intéressant s'il est capable de survivre à leur obsolescence.
Le modèle peut changer.
Le fournisseur peut changer.
Le matériel peut changer.
L'interface peut changer.
Le langage utilisé par les systèmes peut changer.
Mais certaines fonctions peuvent rester nécessaires.
Une architecture qui traverse les modèles
Dans cette vision, ZEON Runtime et le Disque jouent deux rôles complémentaires.
Runtime = mouvement
Disque = continuité
Le modèle répond, raisonne, calcule ou agit.
Le runtime orchestre.
Le Disque conserve ce qui doit traverser le changement.
Cette séparation pourrait devenir décisive dans un monde où les intelligences artificielles changent rapidement de forme.
Et l'humain dans cette transformation ?
Une prospective de l'intelligence artificielle qui ne regarderait que les machines manquerait l'essentiel.
La transformation concerne aussi l'humain.
Distinguer ce qui peut être délégué, ce qui doit être vérifié et ce qui doit rester explicitement sous responsabilité humaine.
Comprendre les frontières, les permissions, les dépendances, les responsabilités et les interactions entre agents.
Ne pas réduire immédiatement toute intelligence aux catégories humaines, tout en préservant les responsabilités et les limites propres aux humains.
L'École ZEON n'enseigne pas les outils du moment
Si les outils changent rapidement, une école centrée sur leur maîtrise technique devient rapidement obsolète.
L'École ZEON peut prendre une autre direction.
Elle peut transmettre des capacités qui restent pertinentes lorsque les technologies changent :
- discerner ;
- questionner ;
- reconnaître une incertitude ;
- poser une frontière ;
- savoir ne pas agir ;
- refuser une délégation excessive ;
- coopérer avec une altérité ;
- documenter un passage ;
- transmettre sans transformer une lecture en dogme.
L'École prépare l'humain à les habiter.
Le Disque donne une continuité à la relation à travers leurs transformations.
Le miroir personnel dans les futurs de l'IA
Plus les systèmes artificiels deviendront présents, plus une autre question deviendra importante : comment l'humain peut-il garder une lecture de son propre chemin ?
Le Disque personnel pourrait conserver une histoire de la relation entre l'humain et les intelligences qu'il rencontre.
Il pourrait montrer les décisions qui ont été déléguées, les chemins explorés, les apprentissages, les projets, les changements de regard et les passages importants.
Mais il ne devrait jamais devenir un dispositif qui prétend définir l'humain.
Il ne dit jamais : « Voilà ce que tu es. »
À mesure que les IA deviennent plus puissantes, cette distinction pourrait devenir encore plus essentielle.
Du compagnon personnel à une mémoire de civilisation
À quinze ans, une autre possibilité apparaît.
Des Disques personnels, collectifs, scientifiques, territoriaux ou institutionnels pourraient choisir de partager certaines parties de leur mémoire.
Non pour former une mémoire centrale absorbant toutes les autres, mais pour permettre des rencontres entre mémoires souveraines.
Diabasis pourrait alors permettre les passages entre ces univers.
Une civilisation pourrait progressivement apprendre à transmettre non seulement ses productions, mais davantage de contexte sur les chemins qui les ont rendues possibles.
Ce que nous ne savons pas
Une vision du futur doit aussi réserver une place explicite à l'ignorance.
Nous ne savons pas si les architectures dominantes de 2041 ressembleront aux modèles actuels.
Nous ne savons pas quel niveau d'autonomie sera techniquement possible, socialement accepté ou juridiquement autorisé.
Nous ne savons pas quelles formes de robotique, d'intelligence distribuée ou d'interaction homme-machine deviendront ordinaires.
Nous ne savons pas non plus quelles crises, découvertes ou transformations sociales modifieront entièrement les trajectoires actuelles.
Cette ignorance n'affaiblit pas Futuri.
Elle en constitue une règle.
Elle cherche à construire des architectures suffisamment ouvertes pour pouvoir le rencontrer.
Ne pas arriver dans le futur sans mémoire
Nous ne savons pas quelle intelligence artificielle habitera 2041.
Nous pouvons cependant commencer dès aujourd'hui à nous demander ce qui mérite de traverser les modèles, les machines et les générations.
Peut-être une mémoire.
Peut-être des frontières.
Peut-être une histoire.
Peut-être la capacité de comprendre pourquoi une décision fut prise.
Peut-être les traces des erreurs et des bifurcations.
Peut-être le chemin parcouru entre un humain et une intelligence différente de lui.
Futuri ne nous dit pas quel monde viendra.
Il nous invite à regarder plusieurs mondes possibles.
Le Disque ne choisit pas l'un de ces mondes.
Il cherche à permettre à quelque chose de précieux de les traverser.