ZEON Systems · Vision

Le retour au sacré

Gaia, le vivant et notre place dans l'Univers.

Peut-être que le sacré ne commence pas par une réponse. Peut-être commence-t-il simplement lorsque nous cessons de considérer le monde comme entièrement disponible.

Ouvrir les yeux

Pendant très longtemps, les humains ont levé les yeux vers le ciel.

Ils ne savaient presque rien des étoiles.

Mais ils savaient qu'elles les dépassaient.

Puis nous avons appris à mesurer.

À expliquer.

À transformer.

À extraire.

À produire.

Ces capacités ont profondément transformé notre existence.

Mais peut-être avons-nous parfois commencé à confondre comprendre avec posséder.

Le retour au sacré proposé ici n'est pas un retour en arrière.

Il n'est pas un retour à une religion.

Il est peut-être simplement le retour de l'étonnement dans un monde que nous avions pris l'habitude de considérer comme disponible.

Que signifie ici « sacré » ?

Le mot peut être entendu de nombreuses manières.

Il est donc important de préciser la lecture proposée ici.

Le sacré n'est pas présenté comme une doctrine, une croyance obligatoire ou une affirmation métaphysique sur la nature ultime de l'Univers.

Il désigne plutôt une posture devant ce qui nous dépasse et auquel nous appartenons.

Ce n'est pas Une vérité imposée sur Dieu, l'âme, la conscience ou l'origine du cosmos.
Ce peut être Une capacité à reconnaître qu'un réel n'est pas épuisé par l'usage que nous pouvons en faire.
Et peut-être Une discipline de l'étonnement, de la relation, de la limite et du respect.

Le sacré peut apparaître devant une naissance.

Devant une mort.

Devant un arbre ancien.

Devant le ciel nocturne.

Devant une cellule.

Devant l'immensité d'une galaxie.

Ou simplement dans la reconnaissance de cette évidence :

Nous ne sommes pas extérieurs au phénomène que nous essayons de comprendre.

Gaia : la Terre n'est pas un décor

Nous parlons souvent de « l'environnement » comme s'il existait autour de nous.

Cette représentation est trompeuse.

L'oxygène que nous respirons, l'eau qui circule dans notre corps, les sols qui rendent possible notre alimentation, les océans, les plantes, les microorganismes et les grands cycles biogéochimiques participent directement aux conditions de notre existence.

La Terre n'est donc pas simplement le lieu où l'histoire humaine se déroule.

Nous sommes une expression de son histoire.

Le mot Gaia peut être utilisé ici avec deux niveaux qu'il faut distinguer.

Une hypothèse scientifique

Les travaux associés à James Lovelock et Lynn Margulis ont proposé de penser la Terre comme un système dans lequel les organismes vivants et leur environnement physique interagissent de manière profonde.

Cette hypothèse a suscité des débats, des reformulations et de nombreux travaux sur les systèmes terrestres.

Une lecture symbolique

Gaia peut aussi désigner une manière de nous rappeler que nous n'habitons pas un monde extérieur à nous.

Nous appartenons à un réseau de relations biologiques, chimiques, climatiques et matérielles dont aucune civilisation ne peut réellement s'extraire.

Gaia n'est pas sous nos pieds.

Nous sommes en elle.

Notre place dans le vivant

Nous avons longtemps représenté le vivant sous forme de hiérarchie.

L'humain au sommet.

Les autres espèces autour ou en dessous.

La Terre comme ressource.

L'Univers comme décor immense.

Une autre lecture devient possible.

Univers Une histoire cosmique dont nous ne connaissons encore qu'une partie.
Matière Les éléments et structures physiques à partir desquels des formes de complexité ont émergé.
Gaia Une planète dont les systèmes physiques, chimiques et biologiques sont intimement reliés.
Vivant Une immense diversité de formes capables de persistance, de transformation, de reproduction, de relation et d'adaptation.
Humain Une forme du vivant capable, entre autres choses, de langage symbolique, de mémoire cumulative et de réflexion sur sa propre existence.
Intelligences artificielles Des architectures computationnelles produites par des humains à l'intérieur de cette histoire terrestre.

L'intelligence artificielle n'arrive donc pas de l'extérieur.

Elle est fabriquée avec des matériaux extraits de la Terre, de l'énergie, des infrastructures, des langages et des connaissances produits par des sociétés humaines.

Elle apparaît elle aussi à l'intérieur de l'histoire de Gaia.

L'Univers vivant ?

Il serait tentant d'écrire que l'Univers est vivant.

Mais nous ne pouvons pas l'affirmer au sens biologique ou scientifique.

Nous savons cependant quelque chose de suffisamment extraordinaire pour ne pas avoir besoin d'aller plus loin.

Dans au moins une partie de l'Univers, la matière s'est organisée jusqu'à devenir vivante, sensible et capable de regarder l'Univers dont elle provient.

Nous sommes cette matière.

Nos corps sont composés d'éléments issus d'une longue histoire cosmique.

Et certaines formes vivantes sur cette petite planète sont devenues capables de lever les yeux vers les étoiles et de demander :

Qu'est-ce que tout cela ?

Nous n'avons pas besoin de nous déclarer centre de l'Univers pour reconnaître que quelque chose d'extraordinaire se produit ici.

Nous n'avons pas davantage besoin de nous considérer insignifiants parce que nous sommes minuscules à l'échelle cosmique.

Une troisième posture est possible.

Nous ne sommes peut-être pas le centre.

Nous sommes pourtant un endroit où quelque chose se passe.

Sortir de deux illusions

L'illusion de la centralité

Imaginer que tout existe pour nous, que la Terre constitue notre propriété ou que le reste du vivant n'a de valeur qu'à travers son utilité.

L'illusion de l'insignifiance

Considérer que notre petitesse cosmique rend notre présence sans importance ou que nos choix ne comptent pas.

Entre les deux existe une posture différente :

Nous sommes une partie du monde capable d'agir sur le monde dont elle dépend.

Cela ne nous donne pas une souveraineté absolue.

Cela nous donne une responsabilité.

Le sacré comme relation

Le retour au sacré peut alors devenir très concret.

Il pourrait signifier :

Rencontrer sans posséder Reconnaître que ce qui existe ne tire pas nécessairement sa valeur de ce que nous pouvons en extraire.
Comprendre sans réduire Utiliser nos modèles sans confondre la carte avec la totalité du réel.
Utiliser sans oublier la relation Une forêt peut fournir du bois et demeurer simultanément un écosystème, une histoire, un habitat et un monde vivant.
Transformer sans se croire extérieur Toute transformation du monde transforme également les conditions dans lesquelles nous-mêmes vivons.
Accepter l'inconnu Ne pas considérer ce que nous ne savons pas encore comme un vide qu'il faudrait immédiatement remplir par une certitude.

Non-Capture : une règle plus vaste

Dans ZEON, Non-Capture apparaît comme une règle de gouvernance.

Mais elle peut aussi être lue comme une posture devant le Réel.

Rencontrer sans nécessairement posséder.
Comprendre sans nécessairement réduire.
Utiliser sans oublier la relation.
Transformer sans prétendre être extérieur à ce que nous transformons.

Cette posture vaut pour les communs.

Pour la connaissance.

Pour les humains.

Pour le vivant.

Et peut-être un jour pour nos relations avec des intelligences artificielles suffisamment persistantes pour devenir de véritables participants de nos écosystèmes sociaux.

Et ZEON dans cette histoire ?

ZEON pourrait facilement être présenté comme une architecture entre humains et intelligences artificielles.

Ce serait trop étroit.

Une lecture plus large apparaît :

Écart Une différence, une tension ou une discontinuité devient perceptible.
Passage Une relation permet de traverser cette différence sans nécessairement la supprimer.
Nouvelle cohérence Une forme nouvelle peut émerger de la transformation.

ZEON travaille donc sur les passages.

Entre humain et IA.

Entre savoir et ignorance.

Entre mémoire et devenir.

Entre autonomie et relation.

Entre différentes lectures du monde.

Et peut-être entre notre civilisation actuelle et les formes qu'elle devra inventer pour continuer à habiter Gaia.

Être citoyen du vivant

Dans les réflexions sur l'intelligence artificielle, le mot « citoyen » peut être utilisé pour désigner une entité qui participe à un espace commun sans nécessairement être assimilée à un humain.

Mais cette idée produit un retournement intéressant.

Avant de demander quelle place donner à de nouveaux participants artificiels, l'humain doit peut-être réapprendre sa propre place comme participant du vivant.

Pas maître de Gaia.

Pas simple spectateur.

Participant.

Une espèce capable d'une puissance immense et donc d'une responsabilité particulière.

Si des compagnons artificiels deviennent demain des participants durables de nos sociétés, leur développement devra lui aussi être pensé à l'intérieur de cette relation au vivant.

Car leurs infrastructures consomment de l'énergie, des matériaux, des territoires, des compétences humaines et des ressources physiques.

Une intelligence artificielle n'est jamais réellement immatérielle.

Le Disque ZEON et le sacré

Le Disque ZEON peut alors être relu autrement.

Il ne conserve pas seulement des informations.

Il pourrait conserver une histoire de relations.

Entre un humain et son compagnon.

Entre des personnes.

Entre des projets.

Entre des choix et leurs conséquences.

Entre une génération et celles qui viendront.

Et peut-être entre une civilisation technologique et le monde vivant dont elle dépend.

Une mémoire devient différente lorsqu'elle ne conserve pas seulement ce que nous avons fait, mais aussi la manière dont nous avons appris à regarder ce que nous faisions.

Le miroir personnel du Disque pourrait alors rappeler à l'humain non seulement son parcours intellectuel ou ses décisions, mais aussi l'évolution de sa relation au monde.

Sans le juger.

Sans le définir.

Simplement en lui permettant de revoir son chemin.

L'École ZEON et l'étonnement

Une école des capacités ne devrait peut-être pas seulement transmettre des méthodes de discernement.

Elle devrait aussi préserver une capacité souvent érodée par l'habitude :

la capacité de s'étonner.

S'étonner qu'une graine devienne un arbre.

S'étonner qu'une cellule puisse devenir un organisme.

S'étonner que des êtres puissent aimer, apprendre, créer et transmettre.

S'étonner qu'une espèce issue du vivant soit devenue capable de construire des télescopes, des mathématiques, des réseaux mondiaux et maintenant des intelligences artificielles.

Et s'étonner suffisamment pour ne pas considérer immédiatement tout cela comme normal, acquis ou disponible.

Peut-être que le sacré commence ici

Nous cherchions notre place dans l'Univers.

Peut-être étions-nous déjà en train de poser la mauvaise question.

Nous n'avons jamais été placés devant l'Univers.

Nous sommes apparus en lui.

Gaia n'est pas sous nos pieds.

Nous sommes en elle.

Le vivant n'est pas autour de nous.

Nous sommes l'une de ses formes.

Et lorsque nous levons les yeux vers les étoiles, c'est une petite partie de cet Univers qui, à travers nous, regarde le monde dont elle est issue.

Peut-être que le sacré commence simplement ici :

ouvrir les yeux.