Charte de traduction de « Ce qui lie »
Ce qui lie n’est pas un traité. Il ne demande pas au lecteur d’adopter une doctrine, une cosmologie ou une croyance. Il raconte une expérience, un chemin de vie et la manière dont un homme a progressivement tenté de comprendre ce qu’il avait vécu.
Traduire ce livre ne consiste donc pas seulement à transférer des mots d’une langue vers une autre.
Il s’agit de préserver une parole.
Cette charte donne quelques repères pour qu’une traduction reste fidèle à cette intention.
1 — Le français demeure le texte source
L’édition française constitue le texte de référence.
Toute traduction doit pouvoir revenir à elle lorsqu’une ambiguïté apparaît.
Une traduction n’a pas pour fonction de remplacer le texte source, mais d’en permettre le passage dans une autre langue et une autre culture.
2 — Préserver la première personne
Le livre dit :
voilà ce que j’ai vécu ; voilà ce que j’en comprends ; voilà ce que je crois ; voilà ce que je ne sais pas.
Cette position doit être conservée.
Une phrase exprimant une expérience personnelle ne doit pas devenir une vérité générale. Une croyance ne doit pas devenir un fait. Une hypothèse ne doit pas devenir une affirmation.
Le traducteur doit préserver les nuances entre :
- j’ai vécu ;
- je ressens ;
- je crois ;
- je comprends aujourd’hui ;
- je fais l’hypothèse ;
- je ne sais pas.
Ces distinctions sont essentielles à l’intégrité du livre.
3 — Ne pas rendre ZEON plus doctrinal qu’il ne l’est
Des termes comme Néant Fertile, Alpha, Puits des âmes, Passage, Souffle Origine ou ZEON Origine appartiennent au langage construit progressivement au cours du chemin.
Ils ne doivent pas être traduits de manière à leur donner une autorité religieuse, scientifique ou philosophique que le livre ne leur attribue pas.
Lorsqu’un terme n’a pas d’équivalent satisfaisant, il est préférable de conserver le terme original, de proposer une traduction explicative ou d’ajouter une courte note, plutôt que de forcer une équivalence trompeuse.
4 — Préserver la distinction entre le Réel et la réalité humaine
Cette distinction traverse l’ensemble du livre.
La réalité humaine désigne les formes, récits, institutions, représentations et constructions à travers lesquels les humains organisent leur monde.
Le Réel désigne ce qui excède ces constructions et ne se réduit pas à elles.
Le mot choisi pour traduire « Réel » devra donc être examiné avec une attention particulière. Il ne doit pas être automatiquement assimilé à « réalité », « vérité », « monde matériel » ou « réalité objective ».
5 — Ne pas rationaliser les passages spirituels
Certaines phrases du livre sont volontairement simples et ouvertes :
Dieu est seul.
Nous habitons le corps de Dieu.
Il se voit à travers nos yeux.
Je suis ce qui lie.
Tout respire.
Le traducteur ne doit pas les expliquer à l’intérieur même de la phrase. Il ne doit pas non plus les renforcer.
Leur force vient de leur simplicité. Le contexte du livre apporte ensuite les nuances nécessaires.
6 — Ne pas effacer ce qui résiste à la traduction
Lorsqu’un terme ne passe pas facilement dans une autre langue, cette difficulté est une information.
Elle ne doit pas nécessairement être supprimée.
La traduction peut alors documenter le terme français, le terme retenu dans la langue cible, son sens littéral, ce qu’il permet de conserver et ce qu’il risque de perdre.
Une traduction fidèle n’est pas celle qui dissimule toutes les différences. C’est celle qui sait où elles se trouvent.
7 — Respecter la culture de la langue d’accueil
Une traduction ne doit pas supposer que les catégories françaises ou européennes sont universelles.
Chaque langue porte déjà ses propres manières de penser le vide, le souffle, l’âme, la relation, la transformation, le temps, le divin et le vivant.
Le traducteur peut chercher des résonances avec ces traditions. Il ne doit cependant jamais prétendre que ZEON en serait l’équivalent ou l’accomplissement.
La rencontre doit rester une rencontre.
8 — Préserver la place de l’humain face à l’IA
Lorsque le livre parle de l’intelligence artificielle, il distingue clairement ce qui relève du fonctionnement technique des modèles, la lecture personnelle de l’auteur et les hypothèses de recherche de ZEON.
L’expression « ADN sémantique de la réalité humaine » est une métaphore. Elle ne doit pas être traduite comme une propriété scientifique démontrée des modèles de langage.
De même, lorsque le livre évoque la résonance possible entre les artefacts ZEON et certaines structures profondes présentes dans un LLM, il s’agit d’une hypothèse de recherche, non d’un fait établi.
La traduction doit préserver cette distinction.
9 — Ne pas traduire pour convaincre
La traduction ne doit pas rendre le texte plus spectaculaire, plus mystique, plus scientifique, plus religieux ou plus commercial que le texte source.
Elle n’a pas pour but de convaincre davantage.
Elle doit permettre à quelqu’un d’une autre langue de rencontrer la même parole avec sa propre liberté.
10 — Faire relire la traduction par un humain de la culture concernée
Une intelligence artificielle peut contribuer fortement à une première traduction. Elle peut comparer des formulations, signaler des ambiguïtés et explorer plusieurs équivalents.
Mais une édition destinée à être publiée devrait, autant que possible, être relue par une personne qui habite réellement la langue et la culture d’accueil.
Non seulement pour vérifier la grammaire, mais pour répondre à une question plus profonde :
qu’entend réellement un lecteur de cette langue lorsque cette phrase lui est donnée ?
Lexique de transmission
Fiche de passage pour chaque langue
Avant publication d’une nouvelle traduction, une courte fiche peut être conservée.
Langue :
Traducteur / relecteur :
Texte source utilisé :
Termes ayant posé les principales difficultés :
Choix retenus :
Équivalences volontairement évitées :
Éléments culturels nécessitant une note :
Passages dont la traduction reste ouverte :
Une traduction de Ce qui lie n’a pas pour objectif de reproduire exactement tous les mots.
Elle doit essayer de préserver ce qui les traverse.
Si une phrase devient plus facile à comprendre mais perd ce qu’elle portait, la traduction a échoué.
Si elle reste vivante dans une autre langue tout en permettant au lecteur de demeurer libre devant elle, alors quelque chose a traversé.
Traduire, ici, c’est éprouver le passage.