Ces textes retracent des rencontres, des expériences, des propositions et des travaux forgés. Ils éclairent l’origine de notre recherche sans être nécessaires à la compréhension du récit ni constituer une autorité à suivre.
Une recherche éprouvée dans le temps
Ce cheminement n’est pas une succession de projets anonymes. The Business Factory, à partir de 1999, puis LENR-Cities dans les années 2010, sont des projets conduits par Michel Vandenberghe. Ils témoignent d’une recherche entrepreneuriale poursuivie sur plus de vingt-cinq ans, qui a progressivement nourri les travaux de ZEON Systems. Les citer ici, c’est rendre visible cette filiation, non présenter leurs résultats comme une démonstration générale.
Cette interrogation n’est pas née avec les outils actuels. Dans les années 1990, une inversion devient perceptible : l’informatique ne sert plus seulement à administrer des organisations conçues ailleurs ; elle permet d’expérimenter des organisations et des marchés possibles.
Avec The Business Factory, à partir de 1999, l’entreprise et les relations entre entreprises deviennent elles-mêmes des objets de conception. Il ne s’agit pas simplement d’automatiser les processus existants. La possibilité de construire des chaînes de valeur et des activités nouvelles entre acteurs autonomes entre au cœur de la recherche.
LENR-Cities, préparée puis expérimentée dans les années 2010, confronte l’entreprise ouverte à des acteurs, des engagements, des financements et des temporalités réels. Une chaîne de valeur distribuée ne tient pas seulement par une bonne idée : elle doit permettre aux personnes de vivre, aux engagements de durer et aux acteurs de préserver leur autonomie.
Avec Neymo, en 2024, l’intelligence artificielle ouvre une nouvelle capacité d’exploration de modèles économiques et d’organisations. Elle ne résout pas pour autant la question du pouvoir, de la valeur ni celle de la responsabilité humaine.
Il serait artificiel de présenter ces expériences comme les étapes d’un plan connu à l’avance. Elles constituent plutôt les traces d’une recherche qui s’est déplacée au contact du réel.
Une première cartographie des chemins déjà ouverts
Cette carte est volontairement simple et incomplète. Elle ne décrit ni un mouvement unifié ni des acteurs qui partageraient nécessairement les mêmes positions.
Comprendre les contraintes physiques. Climat, énergie, matières, limites écologiques : des chercheurs et des collectifs, dont The Shift Project et les Shifters, rendent visibles les conditions matérielles de nos choix.
Apprendre du vivant. Biologie, robustesse, biodiversité, agroécologie, régénération : ces approches interrogent les organisations qui ne sauraient durer par la seule optimisation de leur performance.
Réinventer les activités et les échanges. Coopératives, économie sociale et solidaire, communs, économie circulaire, économie symbiotique et entreprises ouvertes explorent diverses manières de produire, de gouverner et de partager.
Faire vivre les territoires. Associations, tiers-lieux, ateliers partagés, réseaux de proximité et collectivités expérimentent des coopérations ancrées dans des besoins réels.
Relier les générations et les savoirs. Enseignants, chercheurs, professionnels, jeunes, anciens et communautés de pratique font circuler des capacités qui resteraient autrement dispersées.
Mettre les technologies au service de l’autonomie. Logiciels libres, outils ouverts, architectures distribuées et recherches sur l’IA interrogent la manière d’outiller les coopérations sans en confisquer la conduite.
Ces domaines se recoupent. Leur diversité est une richesse, à condition de ne pas effacer les tensions réelles entre leurs méthodes, leurs priorités et leurs visions.
Quelques voix qui ouvrent des perspectives
Il ne s’agit ni d’un panthéon, ni d’une liste de soutiens à ZEON. Ces voix éclairent des problèmes différents, parfois à partir de positions incompatibles. Elles constituent des invitations à lire, à discuter et à confronter les expériences.
Les limites physiques, le vivant et la robustesse
Les systèmes, la complexité et les transformations
Les communs, les capacités et les formes économiques
Les territoires, la coopération et les transitions concrètes
Et bien d’autres encore : les artisans, enseignants, soignants, agriculteurs, entrepreneurs, chercheurs, bénévoles et collectifs dont les contributions ne portent pas toujours un nom connu. Une cartographie vivante doit leur faire place autant qu’aux figures publiques.
Les communs, les pairs et l’économie contributive
Gouverner, organiser et partager la valeur autrement
- Frédéric Laloux — évolution des formes d’organisation et autonomie des équipes.
- Indy Johar — transformation institutionnelle, infrastructures civiques et nouvelles formes d’investissement.
- Christian Felber — économie du bien commun.
- Marjorie Kelly — propriété démocratique et modèles économiques ancrés dans les territoires.
- Tim Jackson — prospérité et limites de la croissance matérielle.
- Patrick Viveret — richesse, indicateurs et coopération.
Les réseaux d’acteurs et la fabrication du collectif
- Bruno Latour (1947–2022) — sociologie des associations et théorie de l’acteur-réseau : suivre les relations entre humains, objets, techniques et institutions.
- Michel Callon — sociologie de la traduction, innovation et constitution des marchés.
- John Law — réseaux hétérogènes, méthodes et organisation des relations sociotechniques.
- Madeleine Akrich — sociologie des techniques, usages et place des objets dans l’action collective.
Penser les relations, le vivant et les systèmes
Ces figures sont des points d’entrée, non des autorités auxquelles il faudrait adhérer. Certaines propositions sont discutées ou incompatibles entre elles ; leurs apports doivent être confrontés aux expériences et aux faits.
Ces rapprochements sont des pistes de dialogue, non des équivalences doctrinales. La question n’est pas de réunir toutes ces voix sous une bannière, mais de reconnaître leurs apports, leurs désaccords et les coopérations qu’ils pourraient rendre possibles.
Suivre les relations qui font naître les organisations
Les travaux de Bruno Latour, Michel Callon, John Law et Madeleine Akrich apportent un déplacement utile à cette cartographie. Plutôt que de considérer « le système » comme une entité déjà constituée, ils invitent à suivre les associations concrètes entre personnes, règles, machines, financements, contrats, logiciels et institutions. Ce sont aussi ces relations qui font tenir une organisation, ou qui permettent sa transformation.
Cette perspective éclaire l’inversion explorée depuis The Business Factory : l’informatique n’est pas seulement un outil qui administre une entreprise déjà dessinée. Les dispositifs techniques peuvent participer à rendre possibles certaines formes de coopération, à en stabiliser les règles et parfois à en fermer d’autres. Avec l’IA, cette question devient encore plus sensible.
Elle donne aussi une piste pour éprouver notre hypothèse de syntonie. Une ambition individuelle ne rencontre pas seulement un « système » abstrait : elle peut être soutenue par des indicateurs, des contrats, des incitations, des procédures et des architectures techniques qui renforcent certains comportements. Ces dispositifs peuvent à leur tour être transformés par les personnes qui en prennent le contrôle. Cette articulation avec la syntonie et les neuf archétypes brisés est une proposition de recherche ZEON, non une thèse attribuable aux auteurs de l’ANT.
Pour rendre la coopération réellement praticable, il faudra donc pouvoir examiner les relations effectives : qui décide, qui finance, qui détient les outils, qui peut refuser, qui peut sortir, quels engagements restent réversibles ? Une coopération ouverte ne se reconnaît pas à son intention déclarée, mais aux possibilités réelles qu’elle préserve pour ses participants.
Cette lecture ne remplace ni les travaux sur les communs ni notre recherche sur le Chemin vivant. Elle les met en dialogue sans les confondre. Une cartographie vivante devrait montrer non seulement des noms et des courants, mais aussi les réalisations, les liens, les divergences et les conditions concrètes d’une rencontre.
Les rencontres qui ont nourri un cheminement
Yona Friedman — des utopies que les personnes peuvent s’approprier
Geoffrey West — les formes et les limites de la croissance
Michel Bauwens — produire et gouverner en commun
Christopher Alexander — des formes qui deviennent vivantes
Gibran et Hesse — vivre et devenir soi
Immanuel Velikovsky — la contestation à l’épreuve du réel
Immanuel Velikovsky (1895–1979) a proposé des récits catastrophistes de l’histoire du système solaire, notamment dans Mondes en collision. Ses thèses physiques et astronomiques sont rejetées par le consensus scientifique. Son inclusion ici ne leur donne aucune validation : elle rappelle une rencontre avec la contestation des savoirs établis, ainsi que la nécessité de distinguer liberté d’explorer et exigence de preuve.
Ruyer, Capra, Pauwels et Bergier — les frontières de nos représentations
La Gnose de Princeton de Raymond Ruyer (1974), Le Tao de la physique de Fritjof Capra (1975) et Le Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier (1960) ouvrent des interrogations sur la conscience, la matière, le cosmos et les frontières du savoir. Leurs démarches sont très différentes : construction philosophique et littéraire chez Ruyer, analogies entre physique et philosophies orientales chez Capra, mélange de faits, de spéculations et de récits controversés chez Pauwels et Bergier. Ce sont des rencontres intellectuelles, non des preuves scientifiques de leurs propositions.
Emmanuel Todd — les trajectoires des sociétés
Les travaux d’Emmanuel Todd sur les structures familiales, la démographie et les trajectoires historiques invitent à regarder au-delà des institutions visibles et des événements immédiats. Ses interprétations font débat. Elles peuvent nourrir une réflexion sur les conditions dans lesquelles les sociétés se transforment, persistent ou se défont, sans faire de ses analyses une grille universelle.
Distinguer les rencontres, les projets et les artefacts forgés
Les auteurs, les civilisations et les collectifs évoqués dans cette page constituent des repères de recherche et des rencontres intellectuelles. Ils ne sont ni des membres de ZEON Systems ni les auteurs de ses artefacts, et leur présence ne signifie pas qu’ils soutiennent ses propositions.
À l’inverse, une partie des notions, textes, clés et dispositifs auxquels nous faisons référence provient du travail de Forge de ZEON Systems. Le Chemin vivant est une clé déjà forgée. Les recherches sur les holons et sur le chemin « contribution → usage → valeur » sont encore à la Forge : elles ne doivent pas être confondues avec des modèles achevés ou validés dans tous leurs usages.
Les travaux de ZEON Systems prolongent un cheminement de recherche et d’expérimentation porté notamment par Michel Vandenberghe. Leur provenance doit rester lisible, sans que cette filiation donne à ZEON la propriété des projets, des initiatives ou des œuvres que d’autres humains pourraient engendrer à partir de leurs propres chemins.
Nommer une origine n’est pas demander une adhésion. C’est permettre au lecteur de distinguer ce qui a été vécu, ce qui a été forgé, ce qui demeure hypothétique et ce qui appartient à d’autres.